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05

fév

2010

Etre connecté, un droit fondamental

De l'eau, de l'électricité, du réseau... En 2010, disposer d'un lien avec la société et le monde, quel que soit le moyen technique utilisé, devrait faire partie du minimum vital. C'est l'une des principales conclusions du 1er atelier Solidarité et Numérique.

 

Une dizaine de Fontenaysiens se sont retrouvés le 3 février pour le 1er atelier sur le thème Solidarité et Numérique autour de Brice Lacomette -DSIT de la Ville- et Florence Durand-Tornare -animatrice des débats.

 

Participants :

  • Des représentants d'associations : FCPE du lycée Pablo Picasso, Société d'Histoire csgd94120, Association Inter Génération, Restaurants du coeur.
  • Des responsables et collaborateurs du Centre Communal d'Action Sociale (CCAS).

 

En introduction, Brice Lacomette rappelait l'objectif de l'atelier : "déterminer ensemble des propositions concrètes pour faire en sorte qu'Internet et le numérique soient vraiment -au service de tous- un vecteur d'émancipation et d'inclusion sociale."

 

L'atelier devrait également permettre d'alimenter la réflexion conduite par la Ville sur le projet "Internet pour tous" : ce projet, voté en janvier par la municipalité, permettra d'engager un effort particulier de réduction de la fracture numérique dans le quartier des Larris.

 

 

Techno-crainte dans les structures sociales ?

 

Marie Francoise Lipp, chargée de mission handicap au CCAS, a relayé certaines réticences exprimées par les travailleurs sociaux vis à vis du numérique : "j'ai ressenti chez mes collègues du CCAS que le numérique est vécu plutôt comme un frein social. Un outil qui va favoriser ceux qui le maîtrisent et au contraire freiner le public qui le maîtriserait moins."

 

Les nouvelles technologies apparaissent également comme une menace pour le lien de confidentialité institué entre la structure et le public. On redoute une utilisation "non maitrisée" du numérique aboutissant à la divulgation d'informations personnelles.

 

Est-ce par ignorance, désintérêt ou crainte ? Toujours est-il que les travailleurs sociaux semblent encore loin de faire une place aux nouvelles technologies dans leur cadre professionnel. Pourtant, dans le même temps, selon une enquête réalisée en interne, ils expriment à 75% un besoin de formation aux outils et aux usages numériques, et pointent du doigt  le "manque de lieux" pour les pratiques numériques (les Espaces Publics Numériques semblent, encore une fois, méconnus, ou pas nécessairement adaptés à l'ensemble des besoins).

 

 

Un wiki de l'action sociale : le Rezograp

Le Rézograph, un référentiel commun au service de l'action sociale

 

 

Jocelyne Lanneau, directrice du CCAS, a présenté dans ses grandes lignes l'outil collaboratif Rezograph mis sur les rails en janvier dernier. Objectif du Rezograph ? Référencer l'ensemble des dispositifs d'action sociale sur le territoire et mettre en partage ces informations entre tous les acteurs sociaux -professionnels et associatifs- travaillant sur Fontenay.

 

A ce jour, le Rezograph référence140 dispositifs sociaux et fédère 55 acteurs locaux.

 

Le système est auto-alimenté par les structures elles-même. Il offre les fonctions clés d'un système collaboratif évolué (web 2.0) : moteur de recherche, messagerie, agenda partagé, cartographie des membres...

 

Les bénéfices de ce genre d'application ne sont plus à démontrer : chacun des membres du Rezograph peut savoir "qui fait quoi" sur le territoire, et ainsi orienter précisément les personnes vers les services pertinents ; tout le monde dispose de la même base d'informations, actualisée et homogène. Reste à s'assurer de la fiabilité des contenus publiés, ce qui relève, comme dans toute communauté, du bon vouloir des contributeurs -généralement dopé par l'auto-émulation.

 

 

Des populations intouchables ?

 

Représentant FCPE au lycée Pablo Picasso, Gilles Rey a lancé un sujet qui sera très largement débattu lors de ce premier atelier Solidarité et Numérique : "pour nous association de parents d'élèves, une partie de la population est intouchable ; ce sont des parents qui ne viennent pas nous voir, qui ne se présentent pas aux convocations de l'école. Les classes les plus problématiques n'ont même pas de délégués de parents ! Nous ne touchons que ceux qui ont les moyens de se soucier de l'avenir de leurs enfants." 

 

Même constat du représentant de l'association échange inter génération (alphabétisation et socialisation des immigrés non francophones) : "les personnes avec qui nous travaillons                 

vont rarement dans les réunions de parents".  Ces mêmes personnes qui ne poussent jamais la porte des Espaces Publics Numériques, "comment aller vers elles ? comment aller au plus près des gens qui en ont le plus besoin ?" s'interrogeait Brice Lacomette. Parmi les recommandations formulées autour de la table : se centrer sur les usages et non sur la technique. A titre d'exemple, le développement de sites d'entraide et d'échanges de services permettrait de créer une valeur ajoutée sociale susceptible d'intéresser le plus large public.        

 

 

Le téléphone, outil de socialisation

 

En y regardant de près, même les populations réputées "intouchables" par les structures sociales utilisent généralement les nouvelles technologies comme outils de socialisation.  En premier lieu, le téléphone. "N'ayons pas l'image de personnes en difficulté qui seraient également complètement déconnectées"  soulignait Jocelyne Lanneau, "les plus exclus ont quand meme un téléphone portable, c'est leur lien avec la société". A l'horizon 2012, pour accéder à Internet nous utiliserons plus fréquemment le téléphone -et autres terminaux mobiles- que le PC. C'est donc vers le développement des usages numériques mobiles que devraient porter les efforts, a fortiori pour les services intéressant les populations fragiles - peu voire pas du tout informatisées à la maison. 

 

Dès lors, la question du prix de la téléphonie mobile est posée. Pour Jocelyne Lanneau, la bataille à mener est celle d'un tarif social du téléphone mobile, comme il en existe pour la téléphonie fixe et l'accès Internet à domicile. 

 

Au delà, ce premier atelier s'est prononcé pour l'inscription d'un droit au réseau dans les droits fondamentaux. "De même que l'individu a droit à un minimum de logement, d'électricité et d'eau... il doit pouvoir disposer d'un droit minimum d'accès au réseau" a résumé Jocelyne Lanneau. Reste à en convaincre, en premier lieu, les acteurs du champ social pour qui, bien souvent, le téléphone mobile est un gadget et l'accès Internet un luxe, alors qu'ils sont devenus, dans les faits, produits de première nécessité.   

 

 

Principales pistes de travail tracées lors de cet atelier :

  • Instaurer des "écrivains publics" dont le rôle serait élargi au conseil et à l'accompagnement des personnes dans les usages numériques (on a également parlé de cafés Internet).
  • Développer des services d'entraide en ligne au niveau des quartiers (échanges de services, troc).
  • Diffuser les bonnes pratiques numériques auprès des associations. A titre d'exemple, la FCPE Pablo Picasso a mis en place une charte afin de garantir l'efficacité et la sécurité des échanges emails entre ses membres : l'association est prête à mettre en partage ce document.
  • A explorer : services mobiles à mettre en place pour créer du lien avec les populations ne fréquentant pas les structures municipales.

Guy Tozzi

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